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Note: Pour en savoir plus sur le congrès Boréal, visitez le site officiel au www.congresboreal.ca

Boréal 1999

1999,

0. INTRODUCTION

A chaque année, ignorant les dangers posés par les météorites, les attaques terroristes et les fans de Star Trek, le noyau de la fiction spéculative canadienne-française prends le risque de se réunir à un seul endroit. Ressourcement professionnel, interaction entre créateurs et public, réunion de famille… les congrès Boréal sont tout ça, et bien plus.

En 1999, vingtième anniversaire du premier congrès Boréal, la rencontre a eu lieu en collaboration avec la convention anglophone Montréalaise Con*Cept. Le 1, 2 et 3 octobre 1999, des centaines de fans de SF ont envahi le paisible hôtel Days Inn Métro-Centre pour quarante-huit heures de discussions, de débats et de rencontres avec d’autres gens fascinés par la Science-fiction, le Fantastique et la Fantasy. Les salles était surchauffées, et ce n’est pas une figure de style: Les 10-30 personnes qui assistaient aux panels de Boréal généraient bien plus d’énergie que le système de climatisation (s’il y en avait un) pouvait le supporter.

Votre reporter y était, pour un cinquième congrès Boréal consécutif. Ce qui suit est un résumé, souvent très incomplet, (il y avait également des panels anglophones très intéressants) de ce qui c’est passé durant le congrès. Aucune garantie de véracité ou d’exactitude: Lisez à vos risques et périls.

 

1. VENDREDI

17:00 – L’amour dans la littérature du genre

Question de commencer le congrès avec un sujet à la fois relax et substantiel, ce panel portait sur la place de l’amour (et non pas nécessairement la romance) dans les trois champs littéraire d’intérêt à Boréal. Le survol initial de la modératrice (modératrix?) Natasha Beaulieu a établi les stéréotypes habituels (La SF qui traite les sentiments de façon froide et clinique, la fantasy qui ne croit qu’en l’amour galant, le fantastique chez qui l’amour est punissable…) mais la discussion subséquente a révélé toutes les subtilités propres au thème. (Élisabeth Vonarburg: "Toute l’oeuvre de LeGuin est à propos du mariage." Norbert Spehner: "Et le rapport avec l’amour là-dedans?")

La dérive de la discussion sur les romans Harlequins était inévitable, mais de bons points furent amenés au sujet de l’évacuation de l’amour (sentiment de confort) par l’altérité propre à la SF, ainsi que sur la nécessité dramatique des histoires d’amour torturées. En bref; une bonne introduction au congrès Boréal.

19:00 – L’uchronie

Panel qui a débuté par la question parfaitement légitime de l’appartenance traditionnelle de l’uchronie à la Science-Fiction. Alain Bergeron a avancé que la SF et l’uchronie partageaient toutes deux le principe et l’exécution du "Et si?", mais l’uchronie a une perspective plus historique que scientifique. La théorie des mondes parallèles, bien sûr, a aussi fait sa part pour ramener l’uchronie vers la SF. Interrogé sur l’attrait de l’uchronie pour les écrivains (versus le roman historique "straight", par exemple) René Beaulieu a avancé la possibilité de manipuler des personnages célèbres, de jouer à dieu avec l’histoire et de satisfaire sa curiosité intellectuelle.

Il y eu un léger détour vers le sous-genre des histoires secrètes, suivi d’un exposé de quelques projets, passés ou futurs, d’uchronies par les trois panélistes. Alain Bergeron (primeur!) pense à une expansion/suite à sa nouvelle "Le Huitième registre" (il a d’ailleurs expliqué comment une fascination avec l’empire byzantin a mené à l’écriture de cette nouvelle). L’idée de Joël Champetier au sujet d’un groupe quasi-Beatles dans un monde Nazi-triomphant a suscité chez votre reporter la boutade "Heil Hitler, yeah, yeah, yeah."

20:00 – Une fête à Boréal: Party pour célébrer les 20 ans des congrès Boréal.

C’est en 1979, à Chicoutimi, que se tenait le premier congrès Boréal. Depuis, vingt ans sont passés, et il fallait marquer l’occasion. Pour ce faire, les Boréaliens ont eu accès à la grande salle Saint-Laurent, qui a servi de décor à des lectures, des discussions et une ronde du populaire "Maltraitement de texte". Étant donne le nombre de personnes, la Salle Saint-Laurent n’était peut-être pas l’endroit idéal pour tenir cette activité, mais ce n’était pas quelque chose qui aurait pu être planifié à l’avance…

 

2. SAMEDI

10:00 – La revue de genres idéale

Ce panel avait comme prétexte la définition d’une revue de genre idéale, mais était manifestement orienté vers une critique du format actuel de Solaris. La revue Solaris faire figure de quasi-institution dans le milieu de la SFCF, mais ça n’empêche pas son équipe dirigeante de chercher à se renouveler en sollicitant les opinions de ses lecteurs. Comme dans tous les sondages, tout le monde a eu un avis différent: Moins de fiction! Plus de fictions! Plus de cinéma! Moins de cinéma!

Après un étalage de chiffres convaincants relatifs à la bonne santé financière de la revue, la discussion s’est concentré sur les prospects futurs de la revue. Quelques suggestions valables ont été émises: espérons que quelqu’un a pris des notes. Il y a eu dérive sur les moyens d’assurer la relève étant donnée la disparition des fanzines du milieu, la possibilité de ré-établir des ateliers d’écriture (mais pas nécessairement à travers Solaris, on s’entends!) et une demande de sang neuf. Une discussion très valable.

14:00 – Pourquoi les femmes ne lisent-elles pas de science-fiction, et quand elles en lisent, pourquoi?

Personne ne sera surpris d’apprendre que la proportion Femmes:Hommes des gens présents à ce panel a atteint 17:7 à un moment donné. La modératrice Élisabeth Vonarburg a fait de ce panel une discussion participative, où lectrices et lecteurs dans la salle ont pu s’expliquer sur leur préférences en matière de SF. Qu’est-ce qu’elles lisent? Qu’est-ce qu’elles n’aiment pas? Qu’est-ce qu’elles aiment retrouver?

Peu de surprises, non plus, sur les préférences de ceux présent(e)s: Peu de techno-fétichisme, emphase sur les personnages et des bonnes histoires. L’auteure canadienne-anglaise Candas Jane Dorsey &ea
cute;tait présente au panel et y a apporté son bon sens habituel. Il y a eu une bonne sous-discussion sur les rôles sexuels et l’identification des lecteurs aux personnages opposés ("Est-ce plus difficile pour les hommes de s’identifier aux femmes que le contraire?")

15:00 – Madame Bovary contre Godzilla

Titre bizarre mais approprié pour un panel sur la fusion et la confusion des genres littéraires. Norbert Spehner a débuté le panel par la lecture condensée d’un texte qu’il avait préparé pour un symposium académique. Cette communication faisait un résumé efficace des techniques utilisées pour combiner des univers fictifs, des personnages (historiques ou imaginés), et des éléments de genre.

La discussion qui a suivie la lecture du communiqué a portée sur de nombreux exemples de fusion de genre. Cowpunk, Sherlock Holmes l’Éventreur, Dracula roi d’Angleterre, aventures des X-Men sur l’USS Enterprise… tout y est passé. Éric Bourguignon a avancé que si la fusion a récemment pris de l’ampleur au niveau littéraire, elle se pratique depuis longtemps en bande dessinée américaine, tel que démontré par les innombrables "crossovers" qui sont presque devenus tradition. Norbert Spehner a conclu avec la réflexion que si la fiction se fusionne aujourd’hui, c’est que le réel devient aussi de plus en plus unifié, avec flous considérable entre affaires, divertissement, sports, réel et imaginaire…

Un des panels les plus intéressants de la fin de semaine.

16:00 – La psychologie des personnages en science-fiction

Tomates aux personnages, ou personnages automates? Si la SF est reconnue pour être littérature d’idées, elle est aussi reconnue pour une psychologie parfois très expéditive. Selon Claude Mercier, c’est *l’absence* de psychologie qui est plus remarquable que son exécution. Yves Meynard a renchéri en faisant valoir que c’est à la relecture que l’on remarque vraiment une mauvaise personnification.

17:00 – L’encan

Un encan décevant pour les francophones et les lecteurs. (Les fans de Star Trek, eux, en on eu pour leur argent à voir certaines breloques qui ont été encantées.) Un seul livre francophone (La Taupe et le Dragon de Joël Champetier, qui s’est finalement vendu au prix suggéré de 15$). Aussi, deux noms de personnages: Peter Cohen s’est acheté le droit de voir son nom dans les prochains romans de Daniel Sernine et de Joël Champetier pour, respectivement, 45$ et 30$. "I’ll be a recurring character", a-t-il dit…

19:00 – L’avenir des prix Boréal

Alain Bergeron est un homme avec une mission: Questionner le status quo. Il y a quelque temps, il a circulé une liste de faiblesses inhérentes à la structure actuelle des prix décernés aux gens du milieu. Le prix de jury n’est pas assez précis; les deux prix du public s’affaiblissent mutuellement; la préparation des prix demande trop d’énergie; peu de gens votent; on fait peu de promotion; etc…

Pour en discuter, il a demandé aux gens de donner leur avis sur la situation. Ce qui fut fait pendant une heure de discussions, de propositions, de contre-propositions et de confusion assez généralisée. Aucune conclusion, bien entendu. (On a entre autre passé trop de temps sur le débat Boréal/Aurora, et pas assez sur Boréal/Grand Prix)

La suite a eu lieu le lendemain à la réunion de SFSF Boréal.

20:00 – Quelques années-lumières de pièges

Le jeu-questionnaire traditionnel du congrès Boréal était de retour! Animation dynamique, questions pas-trop-difficiles-ni-trop-facile, quelques réponses-surprises, pas trop de questions contestées… mais encore là, votre reporter s’est chargé de la moitié des questions et de la moitié de l’animation… donc tirez vos propres conclusions quand à son objectivité.

Question: Qui a gagné?
Réponse: L’équipe Jouvert/Trudel, avec une bonne avance.
Contestation: L’audience les a devancé d’au moins cinq points!
Arbitration: Vrai, mais ils étaient au moins une vingtaine…

22:00 – L’influence du quotidien et de l’environnement sur la fiction.

Natasha Beaulieu a essentiellement repris son panel de l’an dernier sur "Comment écrivez-vous?" Serena Gentilhomme, Francine Pelletier et Claude Mercier nous ont entretenus de leur fétichismes littéraires, des vêtements favoris aux tics nerveux en passant par les façons de remettre l’écriture à plus tard et aux heures favorites d’écriture. Un bon panel pour se calmer l’esprit, en attendant…

23:00 – Le Maltraitement de texte

Animé par Jean-Louis Trudel, ce jeu questionnaire maintenant pratiqué sur au moins deux continents est à la fois instructif, distrayant et incroyablement hilarant. À la lecture d’un mauvais début de texte, une vraie suite et trois faux pastiches, saurez-vous détecter le vrai des faux?

À en juger par l’évidence, pas toujours. Patrick Sénécal a de nouveau prouvé qu’il est notre meilleur mauvais écrivain en ayant au moins le double de points que l’audience. L’édition de cette année était un peu plus courte (surtout qu’une ronde avait été jouée le vendredi), mais s’est terminée très tard dû à l’heure du début du concours. Qu’a cela ne tienne; c’était tordant. Le désormais-légendaire mauvais roman Invasion extraterrestre a fait sa première apparition au concours… parions que ce ne sera pas la dernière.

 

3. DIMANCHE

11:00 – Réunion de SFSF Boréal inc.

Boréal n’est pas seulement une convention ou des prix; pour assurer le congrès et les récompenses, il faut une organisation, des volontaires et des décisions. C’est pourquoi chaque congrès Boréal est assorti d’une réunion du conseil d’administration de Boréal, où les participants peuvent voter sur les changements qui risquent d’affecter le futur de Boréal, toutes catégories confondues. Le grand enjeu de cette année, passée l’inévitable remplacement des officiers du CA, était -tel que mentionné plus tôt- le sort des prix Boréals.

Comme l’an dernier, assumer qu’une heure serait suffisante pour régler tous les items à discuter était naïvement optimiste. On a donc vu la réunion s’étendre loin, loin, loin dans le panel suivant ("La place du cinéma dans la culture du genre"), ce qui a entraîné l’annulation regrettable d’une discussion qui aurait pu être intéressante. Le nombre de gens présent à la réunion a considérablement varié alors qu’on avançait dans l’heure du midi.

Tant qu’aux décisions prises durant la réunion, voici en bref: Boréal-2000 aura lieu en conjonction avec Con*Cept-2000. Élisabeth Vonarburg est maintenant présidente de SFSF Boréal, aidé de Sylvie Bérard (Vice-présidente), Jean-Louis Tr
udel (Secrétaire/Trésorier) ainsi que Guy Paquette comme administrateur. Les prix Boréal de l’an prochain seront des prix de congrès, décernés à partir d’un bulletin ouvert. Jean-Louis Trudel est chargé d’ouvrir les discussions avec les prix Aurora pour enquêter sur une rationalisation des prix.

13:00 – L’avenir de la SF au prochain millénaire.

Votre journaliste étant panéliste à ce panel, il laissera à d’autre le privilège de faire le point sur cette discussion… mais ne peut se retenir de répéter que SCIENCE-FICTION WILL NEVER DIE, DAMNIT!

14:00 – Pourquoi écrit-on si peu de fantasy pour adultes au Québec?

Panel intéressant sur les projets fantasy des écrivains présents (Champetier, Bergeron, Meynard), assorti d’une interrogation plus générale sur ce que requiert une fantasy qui n’est pas inspirée de Tolkien ("Je ne veux pas que mes lecteurs puissent dériver une campagne de jeu de rôle à partir du Mage des Fourmis" dixit Meynard) et de réflexions sur la nature même de la fantasy, étant donné qu’il s’agissant là de la seule occasion du congrès de parler exclusivement de ce genre. Parions que ça changera dès la parution des oeuvres discutées…

15:00 – Quels sont les auteurs de fantastique qu’il faut absolument lire?

Bien que n’échappant pas à un certain déjà-vu (un panel similaire avait eu lieu l’an dernier et un autre l’année précédente: "Lectures Traumatiques"), cette discussion a néanmoins bien comblé son rôle de donner envie de lire des classiques du genre fantastique. Énormément de recommandations, à la fois des panélistes et de l’audience, et beaucoup de "Ah, oui, ça c’est génial!" Un panel très utile pour les amateurs du genre qui voulaient en savoir plus; on en voyait plusieurs se dresser des listes de lecture…

16:00 – Remise des prix Boréal

Question de conclure le congrès sur une note forte, Claude Mercier a programmé la remise des prix Boréal comme étant le dernier événement du congrès. Cérémonie simple et sans distractions inutiles, ponctuation parfaite à un très bon congrès. Si rien d’autre, ça a retenu la plupart des Boréaliens au congrès jusqu’à la fin.

Gagnants?

  • Roman: Francine Pelletier, Samiva de Frée
  • Nouvelle: Jean-Louis Trudel, "Scorpion dans le piège du temps"
  • Critique: Alain Bergeron, "L’anachorète dilettante", etc…
  • Fanéditeur: Hugues Morin, Ashem Fictions
  • Artiste: Guy Englund, Alire & Solaris
  • Fiction-sur-place: Sylvie Bérard

Sur ce, larmoyante fin du congrès Boréal.

 

4. NOTES, CONCLUSIONS

Comme toujours, un excellent congrès. Moins personnel que le Boréal-20e-anniversaire de cet été, soit, mais l’environnement du congrès Con*Cept impose ses paramètres particuliers. (Il y a un certain mérite aux suggestions qui veulent que Boréal se déplace ailleurs, même temporairement) Si Boréal-20e était une réunion de famille, Boréal’99 était un congrès professionnel.

Sur un niveau plus holistique, on sentait une véritable remise en question du milieu durant le congrès, et cela à plusieurs égards. Bien que nullement en danger (La SFQ peut se vanter d’un éditeur de genre, d’un semiprozine et d’une bonne diversité autoriale), le milieu s’est posé des questions très saines sur soi-même (voir panels sur le futur des prix Boréal et du magazine Solaris) et il y a tout lieu d’espérer que les échanges de cette fin de semaine vont porter fruit.

Les panels étaient tous d’un niveau égal de très haute qualité. Le milieu peut se vanter d’attirer des gens articulés, sympathiques et extrêmement intelligents. Comme l’an dernier, la limite imposée au nombre de participants a fait en sorte que l’audience a pu être beaucoup plus impliquée, un gage quasi-certain de la qualité d’une discussion.

La programmation a été conçue avec soin: Les panels SF/Fantastique ont été balancés de manière adéquate et il y en avait vraiment pour tout le monde. Reste quelques détails à repenser: L’absence de trous durant les heures de repas s’est fait sentir. (Après tout, une pause permettrait aux Boréaliens d’aller manger ensemble, ce qui ne serait pas une mauvaise idée. Ce n’est pas comme s’il n’y avait rien d’autre à faire à Con*Cept.) Le maltraitement de texte a débuté trop tard. La réunion de SFSF Boréal a fait sauter un panel intéressant. Il faudra également trouver des sujet peut-être un peu plus évocateurs; une bizarre impression de déjà-vu se dégageait de quelque panels. Votre journaliste fera sa part en suggérant de nouveaux sujets, oui, oui…

Bref; l’organisateur Claude Mercier a fait honneur a ses prédécesseurs, et a su concocter un autre très bon congrès dans la tradition des Boréal. Bravo!

Pour le reste, à l’année prochaine!