Français: La fonction publique en Science-Fiction

Directement des fichiers de

Vous avez été mis en garde…

La Fonction publique en science-fiction

Le Mal institutionnalisé, l’incompétence parfaite ou l’efficacité invisible

1998,

Cet essai bibliographique a été produit en tant que complément au séminaire "Science-Fiction et projections à long terme pour la fonction publique", présenté le 26 juin 1998 à la bibliothèque de la Commission de la Fonction Publique du Canada.

Durant la préparation de cet exposé, l’auteur a sollicité publiquement des idées du groupe de nouvelles Usenet rec.arts.sf.written et de la liste de renvoi électronique SFFRANCO. Plusieurs pistes intéressantes ont ainsi été découvertes, et l’identité des correspondants est attribuée lorsque les réponses ont fait germer des idées dans cet exposé. Pour protéger les correspondants contre des envois indésirables par des robo-moissonneurs d’adresses, le format des adresses de courriel a été légèrement modifié. Dans tous les cas, toute responsabilité pour des mauvaises opinions, des conclusions hâtives ou de la mauvaise recherche devrait être attribuée à l’auteur et non à ses correspondants.

La version française de cet essai a été traduite par l’auteur de la version originale en anglais.

 

0. INTRODUCTION

On a déjà énormément écrit sur la Science-Fiction et sa relation parfois tordue avec la politique. Cependant, beaucoup moins d’attention a été portée à la SF et la façon dont elle dépeint la branche exécutive du gouvernement, la fonction publique.

D’une certaine façon, ce n’est pas surprenant. Des mentions de fonction publique conjurent habituellement des images de travailleurs de bureau, nourrissant continuellement de papier la machine bureaucratique –pas exactement une base satisfaisante pour d’excitantes aventures.

Et pourtant –la Science-Fiction, étant donné suffisamment de temps, trouvera le moyen d’aborder tous les sujets imaginables. Selon le magazine spécialisé Locus, plus de 250 romans de SF de langue anglophone sont publiés à chaque année. Il doit bien y avoir quelque chose là dedans sur la fonction publique !

Pourquoi chercher des fonctionnaires en Science-Fiction ?

La Science-Fiction n’est pas différente des autres genres de littérature en ce qu’elle reflète les assomptions, préjugés et le "bon sens" de la société dans laquelle elle est écrite. La SF, de par sa transposition des éléments dans un cadre fantastique ou futuriste, peut se permettre d’être beaucoup plus explicite que d’autres genres. Comme nous allons le voir plus tard, l’attitude habituelle de la SF envers les fonctionnaires en est une de méfiance ou de ridicule. La fonction publique actuelle devrait en prendre note.

De plus, la SF peut servir de laboratoire à des "expériences de pensée". Elle n’est pas limitée par les extrapolations strictes du futurisme, mais est influencé par un mode de pensée qui encourage l’extrapolation rigoureuse de prémisses imaginaires. De plus, sa réputation comme genre de littérature "pas sérieux" peut actuellement aider les auteurs à postuler des idées très controversées en toute impunité.

 

1. FONCTIONNAIRES ATYPIQUES

Si nous considérons tous ceux qui reçoivent un chèque d’une institution publique comme étant employés de l’état, alors plusieurs (si pas la plupart) des histoires de SF mettent en vedette des fonctionnaires. Les employés du secteur parapublic incluent pompiers (Fahrenheit 451), enseignants et policiers. D’autres agences gouvernementales utilisent des professionnels dans des domaines souvent explorés par la SF : mentionnons seulement diplomates, scientifiques et militaires. Essayez donc de trouver une histoire de SF sans science, sans politique ou sans opérations militaires…

Donc, étirant encore un peu plus notre définition d’un fonctionnaire, nous pouvons inclure les agents Mulder et Scully (de la sérié TV X-FILES), la plupart des humains sur BABYLON-5 (a un moment ou un autre) et tous les membres de l’équipage du USS Enterprise (de STAR TREK) puisqu’ils sont payés par leurs gouvernements pour avoir d’excitantes aventures à chaque semaine.

Il arrive aussi que des héros extraordinaires aient justifications officielles pour leurs actes. Le personnage de Lois McMaster Bujold, Miles Vorkosigan, faisant partie de l’aristocratie de sa planète, a rempli plusieurs positions officielles qui s’approchent du service public. (Plus remarquablement comme juge dans l’histoire "The Mountains of Mourning", gagnante d’un Hugo). (Robert A. Woodward, robertaw]at[halcyon.com)

Les diplomates sont sur-représentés en SF, une disproportion justifiable : Dès que l’on traite avec des extraterrestres, il est plus que probable que des employés officiels du gouvernement seront mis en vedette. Citons seulement la série Retief de Keith Laumer, Foreigner (C.J. Cherryh), (Erich Schneider, erich]at[csdl.tamu.edu), Celestis (Paul Park), The Left Hand of Darkness (Ursula K. LeGuin), etc…

Les militaires sont aussi monnaie courante en SF. Cet exposé est trop court pour en énumérer un échantillon significatif, mais Roland J. Green, Steve Stirling, David Drake et Gordon R. Dickson, entre autres, ont vastement contribués à l’écriture de SF militaire. De façon plus relevante à cet essai, les histoires de Jerry Pournelle examinent souvent la relation entre force militaire et pouvoir politique (Jim Emmons, jemmons]at[primenet.BOGUS.com)

 

Un cas plutôt nébuleux de service public extraordinaire peut se retrouver dans la série Foundation d’Isaac Asimov. Initialement, il semble au lecteur que le projet Foundation est le résultat de lutte bureaucratique et d’un département secret de l’administration impériale. Les protagonistes du premier volume ne sont pas des athlètes, militaires ou super-héros, mais surtout des gens dédiés à la responsabilité civile. Un des thèmes principaux de la série est que l’ordre maintenu par un gouvernement est une bonne chose et doit être préservé. Le concept fictif de la psychohistoire lui-même, imaginé par Asimov, cohabite bien avec l’idéal bureaucratique de l’anonymat et des analyses de tendances de masse. (Vittorio Barabino, bromo]at[flashnet.it)

Mais, à mesure que la série progresse, les thèmes de la psychohistoire, du pouvoir de larges groupes et de l’ordre maintenu par le gouvernement sont progressivement abandonnés au profit d’un pouvoir réel conservé par un groupe de plus en plus petit de gens de pl
us en plus extraordinaires. Asimov, dans sa vieillesse, semblait placer sa confiance dans des super-entitées de sa propre création que dans quelconque administration publique.

Toujours à propos d’Asimov, son roman The Caves of Steel ne fait pas que mettre en vedette des policiers, mais montre aussi une société où un haut fonctionnaire peut avoir des privilèges (sièges sur les transports en commun, bureaux avec des fenêtres) interdits aux autres travailleurs. On peut cependant remarquer qu’il s’agit là probablement plus d’un conflit de classe transposé qu’un commentaire particulièrement perceptif sur le service public. (Franck Belloni, f.belloni]at[ucl.ac.uk)

 

2. LES CLICHÉS

Dès que nous nous éloignons des employés gouvernementaux atypiques pour nous intéresser au fonctionnaire "traditionnel" (qui travaille dans un bureau) en SF, deux clichés dérangeants apparaissent.

 

Le premier est la représentation du fonctionnaire typique comme un instrument de la tyrannie. Ces fonctionnaires, tout simplement, sont la personnification d’un gouvernement malveillant. Ils exécutent les ordres qui leur sont donnés, peu importe si ces ordres sont sensés ou non (plus souvent non). Ils sont brutaux, relativement efficaces, inflexibles, dépourvus d’imagination et très loyaux. Ils ne pensent pas, ne sympathisent pas mais exécutent. Ils n’ont pas de personnalité propre, prenant refuge dans l’anonymat de la bureaucratie. Ces "fonctionnaires" n’ont pas d’enfants, d’intérêts personnels ou de buts autres que rendre la vie difficile aux protagonistes de l’histoire.

Il est pareillement utile de noter que les fonctionnaires intransigeants n’existent jamais seuls : le système même dans lequel ils évoluent est corrompu. Il est donc impossible pour le protagoniste de chercher à contourner le problème.

Un contre-exemple classique de ce cliché est Winston, le protagoniste de 1984 (George Orwell) Bien qu’inoffensif, il travaille pourtant dans un exemple parfait de bureaucratie tyrannique. Winston échappe au cliché facile en étant le protagoniste du roman. Son monologue interne établit la complexité du personnage et suscite notre sympathie en créant un protagoniste différent de ses confrères de travail.

D’autres ouvrages représentant ce cliché incluent les films BRAZIL et GATTACA (ce dernier incluant une merveilleuse scène près de la fin qui exemplifie ce qui arrive à un fonctionnaire tyrannique qui acquiert soudainement une famille et une personnalité) La rencontre entre un officier de censure canadien et l’alter-ego de Harlan Ellison dans The Star-Crossed (Ben Bova) est dite valoir le prix du volume.

Il est difficile de prendre des régimes explicitement tyranniques au sérieux. Mais le cliché se manifeste aussi d’une façon beaucoup plus réaliste. Par exemple, la hard-SF américaine de futur-proche a collectivement perdu confiance dans la capacité du gouvernement de mener à bien l’exploration de l’espace. Non seulement présentent-ils maintenant les corporations privées comme la solution, mais les fonctionnaires sont souvent représentés comme corrompus, dangereusement sur-prudents, insupportablement stricts sur les règlements et même prompts à intenter des poursuites judiciaires contre des entrepreneurs trop ambitieux. (Voir Privateers de Ben Bova, Firestar de Michael Flynn, Fallen Angels de Flynn, Niven et Pournelle, ainsi que plusieurs des histoires dans l’anthologie Free Space, éditée pas Edward E. Kramer et Brad Linaweaver.) L’attitude libertaire de ce segment de la SF a sans doute fort à faire avec cette situation.

 

Le deuxième cliché concernant les fonctionnaires en SF est leur incompétence absolue. Surtout utilisé pour un effet humoristique, plusieurs fonctionnaires fictifs sont des imbéciles, ralentissant toujours le protagoniste avec des régulations insensées et des procédures sans fin. Ces fonctionnaires partagent des caractéristiques intéressantes avec les "instruments de la tyrannie"… ils ne sont pas très intelligents, se fient sur les règlements officiels et sont beaucoup plus intéressés dans leurs problèmes que dans ceux des autres. À nouveau, ces fonctionnaires clichés ne viennent jamais seuls et représentent un service public complètement inefficace.

Le personnage titre de la série Retief (par Keith Laumer) est un diplomate ultra compétent entouré d’une hiérarchie d’imbéciles, d’incompétents et d’un patron toujours prêt à profiter de ses réalisations. Il va sans dire que Retief lui-même est un type de super diplomate et que ses aventures sont souvent des comédies exotiques sans grandes conséquences… Laumer ne dépasse jamais vraiment l’image stock du bureaucrate inefficace. (jemmons]at[primenet.BOGUS.com (Jim Emmons))

La tendance de la bureaucratie a s’auto-bureaucratiser a souvent été parodiée dans plusieurs ouvrage, y compris la collaboration Chalker/Resnik/Efflinger The Red Tape War, dans lequel les démarches pour aller en guerre sont plus compliquées que l’aspect militaire de la chose.

Le roman humoristique de Harry Harrison, Bill the Galactic Spacer, offre une satire peu subtile de l’administration militaire. Les suites dégénèrent en burlesque.

Dans un tout autre genre, il y a une séquence amusante dans le film d’animation français "Les douze travaux d’Asterix" ou le protagoniste doit aller chercher un permis. Pour ce faire, il doit entrer dans "La Maison des Fous", où il est ignoré par les secrétaires, redirigé d’un étage à l’autre, demandé d’aller chercher d’autres permis… Il résout éventuellement le problème en jouant le système contre lui-même, mais pas avant de passer près de la folie à son tour. En cinq courtes minutes, cette séquence réussit à rassembler tous les clichés à propos d’une fonction publique incompétente.

Nous verrons plus tard un fragment de la SF qui utilise ces stéréotypes comme base d’une prémisse opposée : Qu’arriverait-il si la fonction publique était véritablement rapide et efficace ?

 

3. FONCTIONS PUBLIQUES ADÉQUATES

Heureusement, il existe quelques romans qui vont au-delà des clichés habituels et qui tentent d’utiliser la fonction publique de façon intéressante ou au moins plus équitable.

Pour les fonctionnaires fédéraux canadiens de la région d’Ottawa, un roman de Science-Fiction intéressant est un livre de SF canadien français titré L’enfant du cinquième nord (traduit sous le titre The Fifth Wing), par l’ex-fonctionnaire Pierre Billon. Le roman débute par une description de fonctionnaires prenant une heure de dîner étendue pour aller patiner sur le canal Rideau… un commentaire particulièrement franc sur les habitudes hivernales des fonctionnaires de la région de la capitale nationale. Le protagoniste étant lui-même un employé du bureau fédéral, une bonne partie de la première moiti&eac
ute; du roman se déroule dans un édifice gouvernemental d’Ottawa. (Louis Proulx, louis.proulx]at[ms.psc-cfp.x400.gc.ca)

Un autre auteur canadien à aborder la fonction publique fédérale canadienne est Robert J. Sawyer. Dans The Terminal Experiment, (gagnant d’un Nebula), le protagoniste passe un chapitre à Ottawa, réfléchissant sur la réputation ennuyeuse de la capitale canadienne.

Death By Deficit (de l’auteur canadien Richard Rohmer) est un roman alarmiste à propos d’une faillite éventuelle du Canada. La fonction publique y est mentionnée, si ce n’est seulement parce que 25% de ses effectifs doivent être congédiés. Par contre, c’est un des seuls romans existant ou le Greffier du Conseil Privé (Le premier fonctionnaire du Canada) y est un personnage.

Uu peu plus loin de la SF pure, les romans de fantaisie urbaine se sont révélés être un genre fascinant en ce qui a trait aux institutions publiques. Une prémisse commune est d’imaginer une société contemporaine où la magie fonctionne. A ce moment, bien sûr, des institutions publiques doivent être créées pour gérer ces sources d’énergie.

Par exemple, la trilogie Plasm de Walter Jon Williams est un Hybride SF/fantaisie à propos d’un monde ou certaines dispositions d’édifice produisent une source d’énergie quasi-magique nommée Plasm. L’héroïne de cette trilogie débute comme inspectrice dans la corporation publique créée pour gérer cette ressource. Grâce à des intrigues politiques et des révolutions sanglantes, (en plus d’être la maîtresse alterne du Grand Patron) elle monte en grade pour éventuellement devenir directrice d’un département par la fin du deuxième volume. Reste à voir ce qui lui arrivera dans le troisième tome, à ce moment toujours pas écrit. A travers la série, le service public -exception faite du patronage- est représenté comme étant raisonnablement efficace.

Le Palais des Rêves, (Ismaël Kadore) est à la frontière entre service public tyrannique, incompétent et efficace en postulant un pays ou l’état tiens compte des rêves de sa population, question de surveiller l’inconscient collectif du peuple. Le protagoniste vient d’une famille riche ; il monte à travers les rangs de l’agence où sont analysés les rêves. (Pascal PATOZ, <Pascal.PATOZ]at[wanadoo.fr>)

Coïncidentelement, la surveillance des rêves fait aussi partie de la série de Rachel Pollack, composée des tomes Unquenchable Fire et Temporary Agency. Cette fantaisie magique féministe présente un monde modifié par une révolution magique. Des entités -bénévolentes ou malignes- rôdent, prenant occasionnellement possession de gens, de lieux ou d’objets. C’est là qu’intervient la SDA (Spiritual Development Agency) Les fonctionnaires de la SDA sont quelquefois honnêtes, quelquefois corrompus, quelquefois utiles et quelquefois non. (Mary K. Kuhner, mkkuhner]at[evolution.genetics.wash…edu)

Un volume avec un thème semblable est The Case of the Toxic Spell Dump, de Harry Turtledove. Ce livre explore de façon humoristique comment le monde d’aujourd’hui pourrait fonctionner avec de la magie au lieu de la technologie. (Pensez à des blagues de type Pierrafeu.) Ce qui rends ce roman relevant à cet essai est qu’il est possible qu’il contienne la représentation la plus réaliste d’un fonctionnaire dans tout le genre de la SF. A part quelques actes d’héroïsme à la fin de l’histoire, le protagoniste est un fonctionnaire typique avec patrons, copine et rencontres de personnel. (Nancy Lebovitz, nancyl]at[universe.digex.net)

Finalement, dans The Star Beast, Robert A Heinlein imagine un futur où des extra-terrestres viennent en grand nombre sur Terre. Naturellement, un département est crée pour gérer leur présence. Ça rappelle MEN IN BLACK, mais si Agents K et J étaient certainement des policiers glorifiés, les protagonistes de Heinlein sont de purs fonctionnaires de bureau. (Jim Emmons, jemmons]at[primenet.BOGUS.com)

L’anonymat de la bureaucratie a aussi été positivement représenté dans au moins deux livres : Dans The Boat of a Million Years, Poul Anderson imagine un personnage immortel qui réussi à se "cacher" dans une bureaucratie éternellement immuable. Similairement, l’auteur Torontois Robert Charles Wilson a écrit un roman (The Divide) où un protagoniste extraordinairement intelligent tente désespérément d’être normal et se trouve un emploi comme commis au courrier dans un ministère provincial.

 

4. AU-DELÀ DU SERVICE PUBLIC ACTUEL

Il serait une erreur d’assumer que le but principal de la SF est de prédire le futur. Cependant, on ne peut nier que la SF peut être utilisée pour explorer des sujets qui seraient difficile à explorer autrement. Quelquefois, la SF réussit même à avoir une certaine influence, comme le prouve les réactions sympathiques de fans de SF aux percées récent concernant le clonage et la vie sur Mars.

Étant donné la tendance de la SF à explorer tous les sujets imaginables de façon imaginative, il est surprenant de découvrir que très peu d’histoires offrent une réflexion sérieuse sur la fonction publique. Il existe une exception remarquable.

Starship Troopers, de Robert A. Heinlein, est encore -presque quarante ans après sa publication- un sujet favori de conversation entre amateurs de SF. Ce roman à propos du service militaire d’un jeune homme à qui on montre à combattre des ennemis extraterrestres continue de provoquer, de choquer et de faire réfléchir. Est-ce que Heinlein glorifiait la pensée militaire ? Décrivait-il une société fasciste ou tentait-il de choquer ses lecteurs ?

Peu importe son orientation politique, on peut avancer que Starship Troopers présente les enjeux principaux de la fonction publique comme peu d’autres romans le font. Heinlein dit essentiellement que ce n’est pas assez de payer des taxes. Il faut aussi être intéressé dans sa société pour décider où elle va. Donc, Heinlein postule un système où on doit avoir fait son service fédéral pour pouvoir voter. (jeffs]at[bu.edu (Jeff Suzuki))

Heinlein mettait aussi en valeur la différence entre pouvoir et fonction publique. Dans Starship Troopers, les gens du service fédéral ne peuvent pas voter et les détenteurs du pouvoir ne peuvent pas faire partie du service fédéral. Cette distinction est très rare en SF, surtout lorsqu’on se souvient du cliché du serviteur de la tyrannie.

Tel que mentionné précédemment, un fragment de la SF utilise le cliché commun que la fonction publique est lente et inefficace en se demandant quels seraient les effets d’une fonction publique rapide et efficace.

Frank Herbert (mieux connu pour Dune) en est venu à la conclusion (dans une série qui comprends le roman Whipping Star) que ca ne fonctionnerait pas. Le gouvernement pourrait alors bouger si rapi
dement que le chaos en résulterait. Il a donc imaginé un "Bureau de Sabotage" pour restreindre délibérément la bureaucratie publique dans ses efforts. Il s’agit d’un point de vue intéressant sur le rôle de la fonction publique. Peut-être est-ce une de ses fonctions d’être aussi conservateur que possible, pour réduire les effets de changement trop rapides et trop radicaux par le gouvernement. (Nyrath the nearly wise. nyrath]at[clark.net)

Dans The Cool War, Frederik Pohl utilise la même idée d’une agence de sabotage, mais l’applique à des gouvernements rivaux.

 

5. AUTRES RÉFÉRENCES POSSIBLES

(Suggérées par divers correspondants. Pas explorées par l’auteur de cet essai. )

L’Encyclopedia of Science-Fiction fait une référence intéressante aux romans d’Alexis Gilliland, un ex-fonctionnaire qui a écrit un livre (The End of the Empire) mettant en vedette "un protagoniste qui travaille à défendre un empire galactique contre un libertarisme comiquement conçu, selon le principe que pas assez de gouvernement est aussi néfaste que trop."

aznin]at[NOSPAMerols.com (Aznin)

"To Live Forever", Jack Vance. Le protagoniste tente sans succès de faire carrière dans la fonction publique pour améliorer ses chances de retrouver son statut précédent.

astephan]at[students.uiuc.edu (adam louis stephanides)

Bien que l’histoire d’Isaac Asimov "The Dead Past," n’a pas de fonctionnaires, elle contient un retour intéressant sur le thème de l’obstruction bureaucratique : les restrictions arbitraires imposées par la bureaucratie sur la recherche scientifique se révèlent être complètement justifiées.

nancyl]at[universe.digex.net (Nancy Lebovitz)

Celestial Matters de Richard Garfinkle–La physique classique grecque s’avère exacte, et le personnage principal est un sympathique administrateur du programme spatial (ethéral?)

spamtrap]at[kalevala.demon.co.uk (Roy Stilling)

Analog, durant les années quatre-vingts, a publié une série de nouvelles à propos des aventures scfictionelles d’une officière de la fonction publique local britannique. Dans au moins une des histoires, elle découvre des extra-terrestres vivant sur le territoire de son administration.

kinzel]at[mint.net (Steve Miller)

Greybeard, de Brian Aldiss –un fonctionnaire errant dans un véhicule blindé regarde la civilisation s’effondrer.

Il y a aussi Damnation Alley (Roger Zelazny), où l’on a un fonctionnaire involontaire…

joel]at[netcomuk.co.uk (Joel Benford)

Stations of the Tide, de Michael Swanwick, s’ouvre avec la ligne "Le bureaucrate tomba du ciel"… c’est à propos de la bureaucratie, entre autres, d’une façon très abstraite. L’anonymat du bureaucrate est fascinant.

f.belloni]at[ucl.ac.uk (Franck Belloni)

Les jeux de l’esprit, Pierre Boullé. Les Scientifiques prennent le pouvoir et essayent de gérer scientifiquement la Terre, en fournissant du travail et du pain a tous mais une vague de suicide importante les oblige a revoir leur rôle, ils commencent donc a essayer de distraire les hommes par des jeux de plus en plus sanglants…qui commencent a ressembler de plus en plus a la guerre…

 

6. CONCLUSIONS…

Pourquoi si peu de romans représentent-ils la fonction publique ?

Le problème avec la fonction publique, c’est qu’idéalement, elle devrait passer inaperçue. L’anonymat n’est pas seulement une caractéristique clée du fonctionnaire (du moins, sous le modèle de Westminster), mais un but en soi. La fonction publique est un instrument du gouvernement, et devrait ainsi être perçue comme le gouvernement lui-même du point de vue du public. Ainsi, chaque histoire de SF où la bureaucratie n’est pas mentionnée peut être considérée une histoire comprenant une bureaucratie efficace et compétente. (La séparation entre la fonction publique et le pouvoir est un enjeu crucial, mais d’intérêt surtout pour politicologues et fonctionnaires de haut niveau.)

Ainsi, les fonctionnaires ultra compétents disparaissent, puisque les choses vont si bien qu’elles ne sont pas remarquées de l’extérieur. L’anonymat du fonctionnaire idéal est peut-être ainsi incompatible avec les meilleurs personnages tri-dimentionnels.

Une autre difficulté est que, très honnêtement, peu de choses excitants arrivent au travail pour la plupart des fonctionnaires travaillant dans un bureau. Au contraire de plusieurs autres professions, il est difficile d’imaginer des aventures excitantes à propos du travail de bureau.

 

Matériel pour réflexion future

Bien que cet essai se soit surtout concentré sur les descriptions explicites de la fonction publique en SF, il demeure que quantité de romans SF postulent des systèmes politiques radicalement différents. La fonction publique serait alors vraisemblablement modifiée selon le gouvernement. Cet essai est trop court pour adresser quelques-unes des hypothèses les plus provocantes, mais voici quand même quelques livres qu’il serait fascinant d’explorer. Holy Fire (Bruce Sterling), Adiamante (L.E. Modesitt Jr.), "If this goes on" dans The Past Through Tomorrow (Robert A. Heinlein), la trilogie Mars (Kim Stanley Robinson), The Handmaid’s Tale (Margaret Atwood), Snow Crash (Neal Stephenson), The Years of the City (Frederik Pohl), The Moon is a Harsh Mistress (Robert A. Heinlein)…

Toutes ces histoires présentent des gouvernements assez différents tout en négligeant la fonction publique, mais peuvent s’avérer une base intéressante pour une exploration plus poussée des enjeux de la fonction publique en SF.

 

C’est une surprise de constater que jusqu’à présent, aucune roman de Science-Fiction n’a convenablement exploré les enjeux cruciaux de la fonction publique de façon intelligente et informée. Étant donné la tendance des auteurs de SF à spéculer sur pratiquement tous les sujets imaginables, c’est une lacune intéressante. S’il y a des auteurs dans l’audience, voilà un créneau grand ouvert…

 

SITES D’INTÉRÊT:

English Version

Retour à l’index