LECTURES SFF 1998

1999, Christian Sauvé

L'année qui vient de s'achever aura été, à nouveau, une fort bonne année en matière de lectures en science-fiction francophone (SFF). Ne lisant jamais énormément de façon soutenue en SFF, (préférant accumuler au cours de l'année et me défoncer durant le hiatus de décembre) voici un résumé de mes impressions de lectures SFF-1998. J'ai tenté -sans succès- de rester bref, étant donné les standards très hauts établis par Jean-Louis Trudel et Bernard Devaux en matière de critiques soutenues sur SFFranco...

Ah oui; un baromètre:

J'aime bien: Heinlein, Clarke, Greg Egan, Kim Stanley Robinson, Tom Clancy, John Varley, David Brin, Larry Niven, John Barnes, Dune, Neuromancer

J'aime moins: Ursula K. LeGuin, Patricia Anthony, Samuel Delany, Gene Wolfe, John Updike, Ammonite, Sphere, The Moon and the Sun

Donc, dans aucun ordre particulier:

 

Visions d'autres Mondes, Ed. Andrea Paradis

Editions RD, 286 pages, 1995, ISBN 2-89462-000-4

Acheté à la librairie d'occasion de la bibliothèque d'Ottawa

En 1995, la bibliothèque nationale du Canada a assemblé une collection d'oeuvres de SF dans le cadre d'une collection spéciale intitulée "Visions d'autres Mondes", visant à souligner la contribution canadienne au genre. En plus de l'exposition -fort intéressante, d'ailleurs-, la bibliothèque nationale a également co-produit ce livre d'essais sur la SF canadienne, version 1995.

Le résultat n'est pas aussi intéressant qu'on aurait pu l'espérer. Ce n'est pas une grande surprise de constater que les essais sont souvent de teneur académique. Les meilleurs textes viennent des suspects habituels: Judith Merril, Jean-Louis Trudel, Charles de Lint, Tanya Huff, Francine Pelletier, Joel Champetier... le reste, généralement, est un peu trop recherché, ou ne mène à rien. La traduction parfois hésitante de quelques textes n'aide pas. (Le livre fut publié simultanément en français et en anglais étant donné son origine gouvernementale—le copyright est attribué à "sa majesté la Reine du Chef du Canada"... sûrement une première en SF!)

Parfois intéressant, mais pas essentiel.

 

Par courriel, Jean-Louis Trudel fait remarquer:

La version de mon article qui fait autorité est celle parue en anglais (version originale, d'ailleurs). Les éditeurs de la version française ont fait fi de mes corrections et ont oublie la bibliographie.

En attendant la parution des deux tomes de Jean-Marc Lofficier, c'est tout de même une des meilleures sources pour l'histoire de la SFCF.

 

Tesseracts^6, Ed. Robert J. Sawyer et Carolyn Clink

Editions Tesseracts, 1997, 297 pages, ISBN 1-895836-32-8

Emprunté à la bibliothèque d'Ottawa

Anthologie anglophone, soit, mais rassemblant quelques textes francophones -ou d'auteurs francophones- d'intérêt ici:

Yves Meynard et Jean-Louis Trudel y contribuent chacun une histoire écrite, semble-t-il, directement en anglais: "Souvenirs", de Meynard, est une bonne pièce de fantaisie qui reste en mémoire même quelques mois après une lecture initiale. En revanche, je ne me souviens que d'une image ou deux de "Where Angels Fall". Si Trudel visait l'atmosphère, c'est réussi. Si le but était une histoire, ah là...

Deux traductions se retrouvent dans Tesseracts^6, bien que -c'est un tic de la série Tesseracts qui m'agace énormément-, il n'est jamais mentionné les histoires sont apparues originalement en français. Je ne me souviens pas du tout de "The Wall" de Sylvie Bérard, mais "The Sleeper in the Crystal" (trad. "Le Dormeur dans le Cristal") d'Élisabeth Vonarburg semble gagner quelque chose à chaque relecture.

Autrement, c'est une anthologie égale aux standards de la série Tesseracts. Un bon choix pour ceux qui veulent en savoir plus sur la SF Canadienne.

Par courriel, Jean-Louis Trudel fait remarquer:

Le texte français ("Des anges sont tombes") est paru dans la revue franco-ontarienne Liaison et il est aussi disponible sur le site de Jean-Jacques Girardot. (au http://sf.emse.fr/AUTHORS/ JLTRUDEL/jltdast.html) Le texte anglais est donc une traduction.

 

Berlin-Bangkok, Jean-Pierre April

Editions Logidisques, 341 pages, 1989, ISBN 2-89381-009-8

Acheté à la librairie d'occasion de la bibliothèque d'Ottawa

Ces impressions de lectures sont écrites d'un coup, à la fin décembre. Ça peut être révélateur dans certains cas, comme celui-ci.

Voyez-vous, je ne me souviens de presque rien de Berlin-Bangkok, si ce n'est de m'être joliment ennuyé. Oh, l'illustration couverture reste en mémoire (quand même!) mais de ce qu'il y a à l'intérieur... voyons... ça parle d'Allemagne et de Thaïlande (évidemment, avec un titre pareil), de technologies de reproduction, de guerre, de drogues, d'un gars qui a la mémoire effacée, d'une fille prostituée et de leur liaison.

Mais c'est d'un ennui profond. Pas de centre narratif, pas de but précis et pas vraiment de personnages sympathiques non plus. Je concède une densité d'idée un peu plus élevé que la SFQ contemporaine, mais ce n'est vraiment pas assez. Même le ton habituellement vif d'April semble ici faire défaut, laissant un livre finalement peu attrayant.

 

Les Racines du Mal, Maurice Dantec

Série Noire Gallimard, 635 pages, 1995, ISBN 2-07-049495-0

Acheté au Salon du Livre de l'Outaouais 1998

Ça m'en a pris du temps, mais j'ai fini par lire ces fameuses Racines du Mal. Est-ce qu'il reste un point de vue neuf, un commentaire original à faire sur ce livre? Étant donné qu'il a été critiqué, célébré, enterré et récompensé un peu partout, à l'intérieur et hors des frontières de la SF?

Je ne vais pas m'essayer. L'histoire: Dans un futur proche, un protagoniste découvre qu'un meurtrier en série en cache un autre—non, une dizaine d'autres!

L'expression-clé ici est "futur proche". Nonobstant quelques logiciels plutôt improbables et un assortiment de détails ici et là, Les Racines du Mal est un ouvrage qui s'inspire beaucoup plus de la littérature criminelle que de la SF. Qu'importe.

Les défauts sont évidents: C'est beaucoup trop long. C'est ultra-violent. C'est pas toujours plausible. Cependant, les personnages sont bien cadrés, c'est assez adulte et la poussée narrative est très réussie.

Le tout est un livre pas toujours plaisant, mais qu'il serait dommage de rater, si ce n'est de voir comment la SF peut aussi bien servir à d'autres sauces que ceux qui reviennent tout le temps.

 

Sur Le Seuil, Patrick Senécal

Alire, 1998, 429 pages, ISBN 2-922145-17-4

Acheté à la librairie du Soleil, rue Dalhousie, Ottawa.

Si la SF des éditions Alire ne m'a guère impressionné jusqu'ici (Satisfait, oui. Impressionné? Non.), ce n'est pas le cas de leur collection Horreur. La Peau Blanche (Joël Champetier) était un livre bien réussi. Voici que Sur le Seuil réussi à faire encore mieux.

La mise en situation peut faire sourire, avec "Thomas Roy, l'écrivain le plus adulé du Québec. La parution de ses romans d'horreur est toujours un événement médiatique." Mais impossible d'être amusé quand Roy se retrouve à l'hôpital psychiatrique, catatonique et mutilé. Il en revient au psychiatre Paul Lacasse d'enquêter sur le cas. Je n'en dis pas plus; c'est un trop bon roman pour vendre la mèche.

Le roman possède au moins deux points communs étonnants avec le film IN THE MOUTH OF MADNESS. La situation initiale, avec écrivain d'horreur par qui des choses horribles se produisent. Mais aussi, le rythme de la conclusion: même si le dernier acte est télégraphié tout au long du livre, le résultat garde toute sa force. La lecture devient horriblement fascinée, peut-être pour le thrill voyeur de voir jusqu'où Senécal pourra pousser l'horreur inévitable. (En conversation, Senécal avoue avoir eu très peur en voyant le film... parce que ça ressemblait beaucoup à ce roman, qu'il venait alors de terminer d'écrire)

Le mot le plus juste pour décrire Sur le Seuil est "efficace". La prose est claire, les rebondissements nombreux et la conclusion aussi effroyable que possible. J'ai pris plaisir à recommander le livre à à peu près tout le monde de mon entourage... et puis de les voir sous l'emprise du livre. A quand la traduction? Le film?

Est-ce que le prochain roman d'horreur d'Alire (Les amis de la forêt, Joël Champetier, Mars 1999) sera aussi bon? Suspense!

 

L'année de la Science-Fiction et du Fantastique Québécois 1992,  Ed. Claude Janelle

Alire, 1998, 303 pages, ISBN 2-922145-09-3

Acheté au kiosque des éditions Alire, congrès Boréal'98.

On a beau critiquer la petitesse du marché SF&F Canadien-français, il faut quand même reconnaître qu'elle a ses avantages. De bons congrès annuels; l'aspect quasi-familial; une bonne communication entre créateurs et consommateurs; l'Année de la Science-Fiction et du Fantastique Québécois.

L'ASFFQ n'est rien d'autre que la recension commentée de tout ce qui s'est fait en SF&F en français au Canada pendant une année. Le travail admirable ne s'arrête pas qu'aux oeuvres centrales: même les parutions à compte d'auteur y sont examinées.

C'est un travail titanesque, mais le résultat en vaut la peine. Après un hiatus de quelques années, les éditions Alire reprennent le défi et voici donc l'ASFFQ 1992.

1992 était vraiment une année grand cru: Chronoreg, Voyages au pays des mères, "Le Projet", "Le pierrot diffracté", "Base de négociation", "À l'est, rien de nouveau"... tous des classiques de la SFCF. En 1992, je me trouvais à faire mes cours pré-universitaire, dont un projet majeur de Français sur la SFFQ... ce que ce livre m'aurait été utile!

Toujours est-il qu'au delà le solide matériel à critiquer, L'ASSFQ 1992 est -en plus d'un ouvrage de référence précieux- une bonne lecture en soi. Les critiques s'efforcent de commenter de façon distrayante, et le résultat -surtout quand on pourfend de pauvres ouvrages- peut être hilarant. Utilisons seulement ce haïku d'Yves Meynard, à propos d'une nouvelle... [P.24:]

Banal texte à thème
Triste perte de papier
Suis-je dans un fanzine?

 

Coeur de Fer, Joel Champetier.

Étoiles Vives (Orion), 1997, 143 pages, ISBN 2-84344-003-3

Acheté à la table SF-Canada, congrès Boréal'98.

Je suis suffisamment à l'aise dans mon vice pour avouer publiquement que Joël Champetier est sur ma liste d'auteur dont les livres sont "À acheter au contact visuel." Ledit contact peut prendre du temps (ici, près d'un an) mais ça en vaut invariablement la peine.

Ici, ce n'est pas un nouveau roman, mais une collection de nouvelles. Superbement publiée par Orion, Coeur de Fer montre bien les talents de Champetier. Dans la plus pure tradition de la bonne Hard-SF américaine (avec détours dans l'humour), Coeur de Fer redonne foi en un tas de choses, y compris la possibilité de s'amuser en lisant de la SFF. L'histoire-titre est, justement, un classique du genre. Les autres sont aussi bonnes.

Il n'y a qu'un reproche à faire, et il est de taille; en effet, le recueil est trop court! A seulement cinq nouvelles (plus une très bonne entrevue) la déception est perceptible. L'absence du professeur Luckenbach, entre autres, est quasi-impardonnable.

Malgré tout, inutile de rajouter que c'est un achat fortement recommandé.

 

SF 98: Les meilleurs récits de l'année, Ed. Olivier Girard.

Bifrost/Étoiles Vives (Orion), 270 pages,

Acheté à l'encan de Con*Cept'98

J'adore les anthologies. Facile à expliquer: plusieurs auteurs réunis dans un même livre; la chance de "magasiner", de connaître de nouveaux noms...

SF 98 dit rassembler les meilleurs textes publiés en français en 1997 (à quelques exceptions près). Je n'ai pas beaucoup de difficultés à le croire: Il y a quelques joyaux dans ce livre.

Pensons seulement à "Canards du doute" de Philippe Curval. Texte charmant et fort bien écrit, ce qui n'enlève rien à sa poussée narrative et à sa densité d'idées. Un modèle à suivre.

Autres réussites: "Je suis l'ennemi" de Thomas Day. "Voyage Organisé" de Serge Delsemme, malgré une prémisse qui s'étire. "L'Éternité moins la vie" de Jean-Jacques Girardot, et cela même si l'histoire commence vraiment au moment où elle se termine.

Même les histoires "moyennes" sont d'une qualité indéniable. "L'inversion du Polyphème" (Serge Lehman) et "HPL (1890-1991)" (Roland C. Wagner) partagent toutes deux la même faille; celle de suggérer des choses plus intéressantes que celles qui sont finalement livrées.

Contrairement à Genèses, ce sont les américains qui déçoivent le plus: Vonarburg est typiquement verbeuse avec "Celles qui vivent au-dessus des nuages" (bonne prémisse; étirée fastidieusement) et Trudel livre la conclusion d'un livre de Sidney Sheldon (cf; The Doomsday Conspiracy) dans un style bien documenté mais sans grand effet.

Ce serait injuste de ne pas commenter "l'emballage" de la collection, qui est sans aucun doute ce que j'ai vu de plus sympathique dans le domaine puis longtemps. Des illustrations très réussies jusqu'aux avant- et après-propos, SF 98 est le travail de passionnés de la SF. Je leur souhaite une longue série d'ouvrages semblables.

 

Aucune étoile aussi lointaine, Serge Lehman

J'ai Lu, 1998, 372 pages, ISBN 2-277-26003-7

Acheté à la librairie du Soleil, rue Dalhousie, Ottawa

Et c'est tout un Spaaaaace Operaaaaa que nous sert Lehman avec Aucune étoile aussi lointaine. La plupart des essentiels y sont: Le ton grandiose, le carré de sable illimité à la galaxie et la totalité du temps, les personnages aux traits plus grands que nature, les rebondissements constants, la métaphysique philosophique, les trouvailles exotiques, planètes dangereuses, armadas spatiales, extraterrestres étranges et le reste de la panoplie que même les plus endurcis retrouverons avec plaisir.

Et "plaisir" est ce que la plupart des lecteurs vont ressentir en lisant cet ouvrage. Pas de petits enjeux ou de minables protagonistes. Pas de sociétés terrestres emmitouflées dans le désespoir. Pas d'interminables drames de table de cuisine. A un moment, j'ai regardé ma liste d'objections logiques aux péripéties du livre et je l'ai jetée: Ce n'est pas un roman à analyser.

Ce qui ne revient pas à dire qu'Aucune étoile aussi lointaine est le livre pop-corn de l'année: On s'y surprend à apprécier le ton grandiose. La finale est un peu éparpillée, mais ça aussi c'est un peu standard pour le genre.

Bref, un bon divertissement et même un peu plus que ça.

 

L'Héritage de Roberval, Hugues Morin

Éditions de l'À venir, 141 pages, 1998, ISBN 2-9802686-7-4

Acheté à la table SFCanada, congrès Boréal'98

Ne cherchez pas les éditions de l'À Venir chez votre libraire du coin: il s'agit d'un micro-éditeur québécois, peu distribué mais non sans importance pour découvrir les auteurs les plus prometteurs du milieu.

Exemple parfait: Hugues Morin. Malgré une bibliographie professionnelle un peu éparpillée, Morin est un écrivain fort compétent. Malheureusement pour vous, la seule façon de pouvoir lire de son matériel sans dépenser une petite fortune en fanzines est de se procurer une de ses collections chez les micro-éditeurs.

L'héritage de Roberval est la plus récente de ces micro-éditions. Elle rassemble quelque histoires reliées entre elles "à la King" (quelques liens ténus ici et là... "d'un même univers") La collection est plutôt plaisante, mais n'est pas sans quelques imperfections.

Le plus gros problème, c'est que même si Morin à parfaitement maîtrisé l'art du style transparent (à cet égard, il est beaucoup mieux placé que plusieurs de ses collègues...), il lui reste encore du travail à faire pour s'assurer que les histoires qu'il raconte sont réellement intéressantes, et cela sur la longueur qu'il s'impose. À 13 pages, "À la recherche de Marianne", par exemple, est beaucoup plus forte que "Les copains du docteur Tarantino" qui s'embourbe en longueur (32 pages) et en trucs structurels qui diluent le propos de l'histoire.

Autre ratée: Je n'accroche pas vraiment sur la fantasy historique, et c'est ce qu'est "Le sieur du lac et l'oeil de Dieu". Autre réussite: "Une vilaine toux", ou Morin s'approche dangereusement au niveau de son maître avoué Stephen King.

L'héritage de Roberval n'est pas tout à fait au niveau d'une anthologie pro, mais comporte ses moments. Le lecteur éprouvera un frisson, non seulement au contenu des histoires mais aussi à la pensée qu'il s'agit peut-être des débuts d'une superstar du genre...

 

Un Fantôme d'Amour, René Beaulieu

Ashem Fictions, 1997, 63 pages, ISBN 2-922032-09-4

Acheté à la table SFCanada, congrès Boréal'97

Bien qu'il s'agit içi d'une autre parution par micro-éditeur, il serait incorrect de parler de René Beaulieu comme un "nouveau talent prometteur", étant donné une bibliographie qui remonte à 1978!

Oublions le "nouveau", concentrons-nous sur le "prometteur". Beaulieu est un véritable féru de SF, et ça se remarque en lisant ses histoires, qui rappellent inévitablement un style bien classique (Sturgeon? Ellison? New Wave?). C'est un des auteurs du milieu qui devrait produire beaucoup plus.

Mais, malgré tout le bien que je puisse penser de Beaulieu, Un fantôme d'amour n'est peut-être pas le meilleur endroit pour y découvrir ses talents. Vous allez trouver que je me répète, mais 63 pages pour quatre histoires, c'est beaucoup trop peu pour une collection. Son recueil précédent, Les Voyageurs de la Nuit, était aussi légèrement problématique à cet égard (127 pages, 7 histoires). Aaargh...

 

Les maîtres de la Science-Fiction, Lorris Murail

Bordas, collection "Les Compacts", 1993, 256 pages, ISBN 2-04-019585-8

Reçu comme cadeau de Noël

D'un petit format pratique et plutôt lisible (à part quelques choix malheureux de mise en page), Les maîtres de la SF aspire à être un guide compact à la SF française et anglophone, de Poe aux Cyberpunks.

Le résultat est à la mesure de l'objectif. Il ne s'agit pas d'un ouvrage définitif, mais comme survol c'est assez réussi. Murail est sympathique au genre (l'introduction est habilement balancée entre le scepticisme connaissant et l'enthousiasme fanique) et connaît bien le milieu. Ses évaluations d'auteurs sont souvent impitoyables.

La perspective européenne fait en sorte que quelque choix très étranges -vu de ce côté-ci de l'Atlantique- sont faits au niveau de l'importance accordée à quelques auteurs. (Dick: quatre pages. Niven: une page) On s'y habitue. Aussi remarquable: La tendance à franciser tout ce qui s'est fait en SF. Bon, on est chauvin ou on l'est pas...

Sans pour autant recommander l'ouvrage, je dois quand même dire que c'est pas si mal. Un bon guide pour "convertir" vos connaissances qui veulent en savoir plus sur la SF.

 

Trilogie "Le Sable et L'Acier",
Francine Pelletier, Éditions Alire

Nelle de Vilveq, 1997, 273 pages, ISBN 2-922145-12-3

Samiva de Frée, 1998, 371 pages, ISBN 2-922145-18-2

Issabel de Qhohosaten, 1998, 374 pages, ISBN 2-922145-21-2

Reçus comme cadeaux de Noël

Tout comme Michael Whelan a été crédité d'une partie du succès de Friday de Heinlein (sa couverture était... saisissante par les standards américains), Francine Pelletier devrait remercier Guy England pour son illustration-couverture de Nelle de Vilveq. (Tangentiellement, je rajouterai que j'ai une amie qui aurait pu servir de modèle pour Nelle. La ressemblance est vraiment frappante.)

Mais enfin. Nous SFFranquiens n'achetons pas de livres seulement pour l'illustration couverture... hmm?

À bien des égards, ce n'est pas une trilogie conventionnelle qu'à écrit Francine Pelletier. La narration à la première personne de Nelle fait place, dans le deuxième volume, à une description à la troisième personne des actions de Samiva. (Le troisième volume utilise les deux styles.) Les trames du premier et du deuxième volume ne se rejoignent explicitement qu'au début du troisième livre. Le ton de la série se succède, de bildungsroman à de l'action/aventure à un ton plus conventionnel de découvertes SF.

Ce qui surprend le plus, c'est l'aise avec laquelle la série se lit. Francine Pelletier a passé beaucoup de temps à écrire des romans jeunesse; je n'hésite pas à dire que c'est probablement pour cette raison que la trilogie est aussi accessible.

À un certain niveau page-par-page, les aventures des trois héroïnes de la série sont plutôt satisfaisante. L'action se succède à un bon rythme et on s'ennuie rarement. Je ne suis pas convaincu, cependant, que tout cela menait à un enjeu méritant une trilogie. Mais je ne peut pas vraiment dire où l'on aurait dû couper, étant donné que, somme toute, je me suis bien diverti. Et les qualités techniques sont impeccables.

Sans pour autant être enthousiaste, j'accorde donc une bonne note à la trilogie. Reste seulement qu'à voir quelque chose d'un peu plus fort.

 

Pour les curieux: Mes dix livres favoris lus cette année, toutes langues et catégories confondues:

 

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