Rétrospective Fractale Framboise

Rétrospective Fractale Framboise

Fractale Framboise était, de 2005 à 2019, un blogue tenu par trois enthousiastes des littératures de l’imaginaire: Laurine Spehner, Éric Gauthier et moi-même.  Lancé à un moment-clé de l’évolution de la science-fiction et du fantastique québécois (SFQ), Fractale Framboise est rapidement devenu un point de repère pour la communauté SFCF: En l’espace de quelques années, le blogue a attiré des centaines de lecteurs et commentateurs, fut mentionné à la radio, et a obtenu le Prix Aurora de la meilleure production fanique de 2007.

Mais toute bonne chose a une fin: en 2019, après quatorze ans d’existence, les auteurs de Fractale Framboise ont décidé de passer à autre chose.  Chacun des trois co-auteurs a eu l’opportunité de récupérer leurs propres textes pour republication sur leurs sites personnels.

J’ai donc examiné l’ensemble de ma production et décidé de republier environ une centaine de billets, écartant ceux d’un intérêt passager (“Venez nous voir au Congrès Boréal!”) ou trop pointu (telles des analyses systématiques des nominations aux Prix Hugo).

Pour le reste, je vous propose ci-dessous un index plus-ou-moins chronologique de mes parutions sur Fractale Framboise, accompagnée de commentaires sur l’évolution du blogue.  (Plusieurs billets ont été fondus en un seul pour simplifier l’organisation des textes: par exemple, la vingtaine de billets de critique littéraire de 2005 ont été fondus en une seule page.)

D’où est venu Fractale Framboise?

Les meilleures idées ont parfois des origines bien tordues.  C’est ainsi que, au début 2005, je me suis retrouvé avec une opportunité inhabituelle: un site web que j’avais conçu pour le scénariste et le réalisateur du film québécois à petit budget La Peau Blanche ayant été transféré, comme prévu, au studio distributeur, je me retrouvais avec près d’un an d’hébergement web pré-payé.  Après avoir sondé quelques amis au sujet de la possibilité de lancer un blogue (à l’époque, quelque chose de nouveau et de complexe), Éric Gauthier et Laurine Spehner se sont joints à moi avec l’idée de concentrer notre intérêt sur la science-fiction et le fantastique.

À l’époque, nous étions légèrement, mais pas énormément en avance sur ladite communauté de la SFQ: quelques auteurs et fans (dont Jean-Louis Trudel) ont lancé leur propre blogue à peu près en même temps que nous.  À l’époque, le moyen de communication principal de la communauté SFQ était la défunte liste d’envoi de courriel SF-Boreal — c’était autre chose que d’oser proposer un blogue et forum sur le web.

Après des mois de discussions préliminaires et quelques semaines de tests confidentiels, le blogue fut officiellement lancé le 15 avril 2005. Rien de magique au sujet de la date: ce n’est rien de moins qu’une erreur de retransmission sur la liste électronique sf-boreal qui nous avait forcé la main. (Ainsi vogue la petite histoire!)  Dès le départ, Fractale-Framboise avait sélectionné le moteur WordPress comme fondation (version 1.5!): un choix fructueux, puisque la plate-forme est devenue dominante au fil des années.

2005: La première année

En ce qui me concerne, 2005 fut une année de production volumineuse sur Fractale Framboise: l’attrait du neuf étant ce qu’il est, c’était aussi une façon d’essayer plusieurs types et thèmes d’écriture pour la première fois.  Il y a eu près d’une vingtaine de critiques de livre, bien sûr, et au moins une douzaine de critiques et commentaires de films.

En cette année inaugurale, il était essentiel de dresser la liste des 10 livres incontournables de la SFQ, ainsi que de commenter la blogoSFère de blogues centrés sur la SF qui commençait à générer un flot nourri de discussion.  Dans la même veine, je me suis payé un examen d’un détail excessif sur les nominations aux Prix Hugo 2005. (Je vous fais grâce du même examen pour les années suivantes.)

Étant aussi impliqué dans l’organisation du congrès Boréal, j’ai bien entendu commenté Boréal 2005 et fourni un guide à l’intention des panélistes se posant des questions sur la meilleure façon de faire.

Parmi les essais plus inusités, on compte

  • Crash 2006, un essai de spéculation économique qui a tout de même partiellement anticipé la Grande Récession de 2008.
  • Motivé par mon passage à Boston en 2004 pour le congrès Noreascon, un petit reportage sur les Triomphes et désastres d’ingénierie de Boston.
  • Un essai portant sur la question des noms dans des romans de fantaisie.
  • Quelques billets sur la vie d’un bibliophile.
  • Une plongée dans les archives faniques pour Fandom et gros fusils, racontant l’intervention d’une équipe SWAT en plein congrès de SF en 1980.  Pour la petite histoire, ce billet fut publié à l’avance alors que je planifiais être fonctionnellement aveugle pendant la convalescence d’une opération de chirurgie au laser.
  • Finalement, j’ai fait un reportage de mes expériences au congrès Westercon 2005 de Calgary, anticipant une tradition de reportages faniques qui allait prendre de l’ampleur en même temps que mes voyages.

2006: La meilleure année

En ce qui me concerne, 2006 demeure la meilleure année de mes contributions à Fractale Framboise.  Les premiers heurts de publication ayant été réglés et notre audience croissant rapidement, nous avons pu nous livrer à fond à la pratique d’un blogue bien nourri, expérimental, lu abondamment et bien accueilli.

Il y a eu, bien sûr, beaucoup de critiques de livres et de films…  et aussi du jeu vidéo Civilization IV.  Ma critique des Prix Hugo 2006 a pris la forme d’une folle parodie, «Hugomania» qui fut à l’époque remarquée même par des sommités anglophones (dont un des auteurs parodiés!), mais dont la lecture aujourd’hui est sans doute limitée par la densité des références extrêmement pointues.

Question d’humour, j’ai aussi comparé les fandoms sportifs et SF dans «Ton fandom, mon fandom», un simple typo menant du même chef à la chaîne de commentaires la plus débridés de l’histoire du blogue.  Dans un registre plus noir, j’ai aussi examiné Comment meurent les Américains. J’ai aussi profité du Salon du Livre de l’Outaouais 2006 pour faire une demi-douzaine d’entrevues pas très sérieuses…

C’est à l’époque que je me suis à voyager beaucoup plus souvent, habituellement pour assister à des congrès de SF anglophones et faire un peu de tourisme.  C’est ainsi que, la même année, les lecteurs de Fractale Frambosie ont eu droit à des rapports de congrès pour…

Plus près de la communauté SFQ, 2006 fut une année charnière: poussé par la montée des blogues, dont Fractale Framboise, Boréal 2006 accueillit une cohorte de nouveaux congressistes jeunes, branchés et dynamiques.  Nous étions là pour voir le changement.  C’est à la suite de ce Boréal que Fractale Frambois est passé en vitesse-grand-V, un simple billet «Micro Ouvert» récoltant plus de 120 commentaires.

Comme pour signaler notre plus grande visibilité, c’est à l’automne 2006 que l’organisme Le Français pour l’avenir m’a contacté pour conduire un atelier «Destination (science-)fiction»… accompagné d’un lunch.  En presque quinze ans, c’est le seul cas où Fractale Framboise a payé pour un repas.

2007: Consécration Aurora

À plusieurs égards,  2007 fut la continuation de 2006: Critiques de livres et de films (légèrement moins de films, puisque c’est à cette époque que je deviens critique régulier de cinéma SF&F pour la revue Solaris), essais humoristiques et rapports de congrès… avec une belle surprise à la fin de l’année.

Au niveau des essais, je demeure plutôt fier d’avoir expliqué comment construire un cylindre de Noël.  Mes commentaires sur les Prix Hugo 2007 on prit la forme d’une parodie encore plus déjantée, imaginant l’événement sous forme de concours canin.

Ceci dit, ma production substantielle de l’année demeure mes nombreux rapports de congrès, dont certains assez longs et nourris, rédigés assez loin de la maison.  En plus de l’incontournable Boréal 2007, voyez donc:

2008: Perte de vitesse, montée en longueur

C’est en 2008 que le rythme de mes parutions sur Fractale Framboise ralentit suffisamment pour mériter une mention.  Mon rôle comme critique cinéma pour Solaris prenant de l’ampleur, je ne réussis qu’à parler d’un seul film et produire un seul essai humoristique notable, encourageant nos lecteurs à Voter bibliothécaire..  Mes lectures sont aussi moins nombreuses.

En revanche, mes rapports de congrès deviennent plus longs et plus ambitieux.  En plus de Boréal 2008, voyez donc:

Le ralentissement de mes parutions devient si visible vers la fin de l’année que j’en profite pour faire le point sous forme d’interrogatoire.

 

2009: Silence justifié

L’an 2009 est presque silencieux pour moi…mais j’avais mes raisons.  Quelques lectures et à peine un commentaire cinématographique s’expliquent partiellement par la prise en charge solo de la chronique Sci-Néma de la revue Solaris, la remise à neuf complète de mon propre site web et une contribution substantielle à l’organisation du congrès mondial de science-fiction Anticipation en août 2009, avec une présence simultanée à Boréal 2009.  Il n’est pas rare pour des fans de se débrancher des activités faniques après un tel investissement de temps, est c’est un peu ce qui m’arrive — à peine un autre essai émerge de l’année, soit une rare excursion en commentaire musical pour une réinterprétation de l’album Invaders Must Die de The Prodigy.

Pendant ce temps, mes collègues continuent de fournir au blogue.

 

2010: Le silence s’allonge… pour de bonnes raisons

Je n’écris que sept billets d’importance pour Fractale Framboise en 2010, et les six sont publiés de janvier à mai.  Mais ce sont des mois mouvementés: En janvier-février, j’annonce puis reviens sur le déroulement du congrès virtuel Carnaval Boréal 2010 qui avait accaparé mes temps libres pendant plusieurs semaines.  Puis, en trois semaines de mars à avril, j’écris quatre billets en provenance de Brighton, Paris, Londres et Toronto. Finalement en mai, je fais acte de présence à partir de Boréal 2010.

La deuxième moitié de l’année se déroule loin de Fractale Framboise, avec des voyages aux États-Unis, au Mexique, en Nouvelle Zélande et Australie, ainsi qu’à Toronto et Montréal avec celle qui allait devenir mon épouse.  J’ai fini par produire un livre (in English) de mon voyage Australasien, mais pas de rapport de congrès.

Ce sont toujours mes co-équipiers qui continuent d’alimenter durant cette période.

 

2011-2017: Manquant à l’appel

Je me marie en 2011 et deviens père en 2012 — étant donné ces circonstances, personne ne sera surpris de voir que mon implication dans Fractale Framboise (au moins au niveau du contenu — je continue à me charger du maintien technique du site) est presque nulle pendant cette période.  Un billet écrit à Boréal 2011 est amusant et les retailles d’un essai sur le cinéma SF au XXIe siècle en 2013 montrent signe de vie, mais l’essentiel de mon utilisation du site est carrément utilitaire au moment de coordonner la tenue des Prix Boréal chaque année.

Faudra attendre jusqu’à mai-août 2017 pour que six billets plus substantiels paraissent de ma plume, et ce soient des commentaires en support à la parution épisodique de mon roman Pax Victoriana.

Le blogue, heureusement, continue de bien rouler selon les apports de mes coblogueurs — les mini-histoires d’horreur en 31 mots du mois d’octobre sont fermement établies comme tradition.

Ceci dit, il faut bien noter qu’entre 2011 et 2017, un changement assez important a eu lieu en termes d’utilisation du web: les plateformes de médias sociaux ayant pris une ampleur que plusieurs décrieront comme pernicieuse, l’utilisation de blogue a battu en retraite.  Nos chiffres de fréquentation le montrent bien, et ils ne font pas que refléter un rythme de publication plus lent.

 

2018-2019: Fermer boutique

Dès 2017, nous commencions à nous demander si Fractale Framboise allait continuer bien longtemps.  Malgré les nombreuses contributions de Laurine et les meilleures intentions au monde de me remettre à l’écriture, l’énergie n’y était plus.  Le renouvellement de l’hébergement du site en 2017 ayant suscité des questions et celui de mars 2018 étant conditionnel à de plus nombreuses contributions (ce qui ne s’est pas concrétisé, affirmant nos choix), nous avons décidé dès août 2018 de mettre le blogue en mode veilleuse, ce qui nous a donné tout le temps de mettre fin au blogue de manière réfléchie.

Il ne faut pas croire que la fermeture est un événement d’une tristesse exceptionnelle — le blogue a fait époque et il était temps de passer à autre chose.  Après tout, cela fait depuis le 14 mars 2005 que roule ce blogue – une éternité en ce qui concerne le web. Nous avons publié 1005 billets, reçu 5622 commentaires (et plus de 750,000 pourriels), remporté un Prix Aurora, connu quelques aventures en cours de route et assisté à une période-charnière de l’histoire de la SFFQ.

Les archives de Fractale Framboise représentent un pan de l’histoire SFQ (et de la mienne!), et je suis ravi d’offrir ces aperçus à nouveau.  Peut-être qu’un jour, quelque chose renaîtrait des cendres. Après tout, je me suis donné la liberté de continuer à réserver le nom de domaine fractale-framboise.com…