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Note: Pour en savoir plus sur le congrès Boréal, visitez le site officiel au www.congresboreal.ca

Boréal 1997

1997,

1. BORÉAL?

Encore une fois, c’était le temps de faire ses bagages, réunir ses livres à autographier, préparer ses neurones et changer ses coordonnées spatiales pour se déplacer automagiquement au centre-ville de Montréal. Peu importe le moyen de (télé)transport, c’est la destination qui comptait! Eh oui, un autre congrès Boréal.

Cette année encore tenue en conjonction avec la convention anglophone Con*Cept, Boréal n’est rien de moins qu’une réunion des principaux artisans de la SF canadienne-française. 48 heures de discussions, de panels, de séances d’autographes, de débats parfois animés mais surtout, surtout de SF quasi-omniprésente.

Le tout avait lieu à l’hôtel Days Inn (Centre-Ville), au coin de René Lévesque et Guy le 26, 27 et 28 Septembre 1997. A peu près une cinquantaine de Boréaliens (pas d’emphase sur le "alien", SVP) parmi quelques 400 participants au congrès en tout. Le ratio écrivain:lecteurs approchait périlleusement infini:1 comme d’habitude, à la plus grande indifférence des habitués du milieu. (Hyperbole mise à part, un ratio de 4:1 est plus probable: Il a semblé y avoir beaucoup plus d’inconnus cette année que par le passé… signe encourageant?)

Sur le sujet des audiences, justement, Jean-Louis Trudel (Gentil Organisateur du Congrès Boréal) a noté que le panel qui avait attiré le plus de personnes ("Pourquoi ne s’amuse-t-on jamais en lisant de la SF d’ici?") comportait 5 panellistes et 25 personnes dans l’audience. En revanche, le panel le moins fréquenté ("Jean Ray, un auteur à déterrer") était quand même composé de 11 personnes. Notons quand même un public assez constant (environ une vingtaine) mais pas identique tout au long du congrès.

Ce compte-rendu à été préparé à l’aide du programme officiel, de quelques notes hâtivement jeté sur papier et de plusieurs souvenirs inexacts. L’auteur de ces lignes ayant parfois assisté à des panels anglophones et ne possédant pas encore le don d’ubiquité, certains panels ne seront pas discutés ici. Toutes les citations sont approximatives, la teneur des propos ayant -espérons-le- été maintenue. Cependant, une bonne partie de ce qui sera décrit ici est quand même vague, incomplet, hautement subjectif, mal raconté ou bien tout simplement mensonger. Les erratas, commentaires et critiques sont déjà acceptées de bonne grâce.

 

2. HOTEL ET GÉNÉRALITÉS

Le congrès Boréal/Con*Cept’97 s’est tenu cette année au Days Inn (Centre-Ville). Heureusement, -et contrairement à l’an dernier- toutes les salles étaient groupées assez près l’une de l’autre. (Boréal’96 avait été relégué au septième étage dans un hôtel à trois ascenseurs…) A l’exception de la salle Portneuf (qui a malheureusement servi au Q&R de Lois McMaster Bujold), les salles étaient adéquates, bien que plusieurs se sont plaints des températures tropicales des pièces et du bruit du système de ventilation dans la pièce Terrasse.

Mine de rien, une grève des employés de l’hôtel se déroulait en même temps que le congrès. Les impacts sur la convention furent minimaux: Pas de protestations en avant de l’hôtel ou d’alarmes a feu déclenchées a 03:00. Du point de vue de l’occasionnel panelliste, le plus sérieux problème provoqué par la grève était le manque d’eau glacé durant les panels. Inutile de dire que la légendaire ingéniosité des fans de SF trouva assez rapidement une solution au problème…

Comme d’habitude, aucune horloge en vue. (soupir)

L’hôtel était à un bloc de la rue Sainte-Catherine, donc à distance de marche d’à peu près toutes les variétés imaginables d’établissements de restauration. Même si le restaurant de l’hôtel était fermé, personne n’est tout à fait mort de faim…

Une magnifique exposition d’art SF pouvait être contemplée au congrès, réunissant des oeuvres de Jean-Pierre Normand, Gilles Francescano, etc… Dans la salle d’à côté, un superbe éventail de maquettes SF. Les pièces les plus remarquables étaient les maquettes de Godzilla (en plusieurs incarnations différentes, selon les films) et quelques mechs.

La salle des marchands a fait dépenser beaucoup trop d’argent à l’auteur de ces lignes, donc peut être considérée comme un succès. Notons particulièrement la table des oeuvres de SF francophones, résultat apprécié des efforts des auteurs concernés et de Francine Pelletier.

 

3. VENDREDI SOIR

18:00-19:00. Souvenirs d’enfance et lectures traumatiques

Quelle a été votre première lecture SF? Celle qui vous a le plus marquée? L’union de ces deux sujets à premier abord un peu éloigné a fonctionné mieux que prévu: Comme le faisait remarquer Luc Pomerleau, il y a un certain effet d’habitude provoqué par des lectures boulimiques de SF. (Il y a peu de nouveaux lecteurs non-bibliovores de SF) Aussi mémorable; l’intervention d’Éric Bourguignon qui faisait réaliser que les traumatismes sont presque toujours émotionnels, une réalisation curieuse pour un genre qui prône l’excitation intellectuelle… Bien mené par René Beaulieu (certainement un des meilleurs modérateurs du congrès), un bon panel pour débuter Boréal.

19:00-20:00. Les sujets tabous dans la SF d’ici

Alors que le panel précédent présentait le congrès, celui-ci introduisait les débats animés qui font la marque de Boréal. Comme d’habitude, aucune conclusion claire: On a soulevé le tabou de la politique et de la séparation, mais aussi soulevé des contre-exemples. On a parlé de violence et de sexe, eux aussi bien représentés (même dans des romans pour jeunes) en SFCF. L’assemblée s’est agitée quand Mathieu Daigneault a opiné que "le fun" était tabou dans la SF d’ici. (C’est un sujet qui allait revenir souvent sur les tables lors de la fin de semaine). Daniel Sernine a compliqué la situation un peu plus quand il a observé qu’un tabou, par définition, ne sera pas discuté, et Alain Bergeron a à-peu-près ébauché la conclusion informelle de la discussion en déclarant que chaque auteur avait ses propres tabous. Sans compter les "tabous stylis
tiques" says Vonarburg…

La citation du congrès, peut-être: "Quand ça vient de nos tripes, c’est de la m…" –Daniel Sernine, sur l’écriture.

20:00-21:00. Lancement collectif

Quiconque doutait de la vitalité de la SFQ n’avait qu’à venir à ce lancement. Au programme; Trois nouveaux romans Alire, deux livres Médiaspaul, nouveaux numéros d’imagine…, Galaxies et Solaris. (Aussi; les romans en version traduite des l’invitée d’honneur de Con*Cept, Lois McMaster Bujold) Après une brève présentation bilingue de Jean-Louis Trudel, le reste du lancement s’est transformé en discussions avec les auteurs, demandes d’autographes, etc… Quelques auteurs ont bavardé avec leurs critiques, quelques éditeurs ont discuté avec leurs troupes…

21:00-23:00. Le Concours de maltraitement de texte

Tradition Boréalienne oblige, le concours de matraitement de texte en a fait hurler plus d’un/e cette année. Si les mécaniques sont compliquées, le principe général est simple: De très mauvais textes sont choisis, des auteurs imitent ces horreurs, tout le monde s’amuse pendant deux heures à écouter les résultats. Dixit Yves Meynard: "On a volé le concept des Américains, donc ça doit être bon." Fait remarquable: Patrick Sénécal a remporté l’édition 1997 du concours, réussissant à berner l’auditoire. Dit panel s’est tardivement terminé plusieurs minutes en retard après l’heure, sous les regards vrombrissant souvent bariolés des fans éventés du prochain panel suivant qui… oh, l’influence horrible de ce concours!

Notons aussi "Twinmaril" et "l’ombre des trous noirs."

 

3. SAMEDI

10:00-11:00. De la valeur d’une culture littéraire générale

Est-ce que la littérature générale a de la relevance à des lecteurs assidus de SF? La plupart s’entendent pour dire que oui, mais -bien sûr- personne n’a réussi à s’entendre sur plus que cela. Commentaire amusant de Natasha Beaulieu qui se plaignait du montant des connaissances littéraires souvent requises pour parcourir les récits de certains auteurs… un parallèle étrange avec les connaissances scientifiques prétendument requises pour certains romans plus techno-SF. ("Mais ça, c’est le panel de demain!" répondit spontanément l’auditoire en coeur.) Ce qui nous amène à…

11:00-12:00. La fiction dans la science-fiction, sapristi!

Complément parfait au pérenniel panel sur la science dans la SF, a provoqué beaucoup d’étincelles… la plupart d’entre elles sur le rôle de la science comme instrument de plausibilité dans des récits autrement fantastiques. Commentaires remarqués de Pierre Jouvert. Forte participation de l’auditoire, il semblait parfois que tous parlaient en même temps. Savamment mené par Elisabeth Vonarburg, un des meilleurs panels du congrès.

13:00-14:00. Les mutations du fanzinat

Les panellistes: Deux vétérans de d’édition fanique et deux nouveaux "valeureux guerriers" du domaine. Interventions remarquées d’à peu-près tout le monde sur divers sujets: Que ce soit l’exposé de Benoît Girard sur le monde des APA (APAQ != Association Professionnelle des Acrivains Québécois), les péripéties de Jean-Pierre Moumon lors de son passage de fanéditeur à imprimeur professionnel, le discours passionné d’Éric Bourguignon sur le livre comme objet physique ou les commentaires de Claude Mercier sur ce que l’Internet peut faire pour les fanzines (un sujet pas encore réglé), beaucoup de choses à apprendre et apprécier lors de cette heure.

16:00-16:30. La SF et l’Internet

Court panel sur un sujet large, cette discussion a la particularité d’avoir attiré un public à peu près complètement différent des autres panels Boréal: Si trois des quatre panellistes appartenaient à la liste de renvoi de courrier électronique SFFRANCO, un seul des membres de l’audience en faisait aussi partie. Les commentaires de Jean-Louis Trudel sur la recherche sur Internet et la collaboration entre auteurs par courrier électronique étaient intéressants, tout comme les trop-brèves vues de Benoit Girard sur l’organisation d’activités faniques par à l’aide du courriel.

16:30-17:00. Pourquoi ne s’amuse-t-on jamais en lisant la SF d’ici?

Comment discuter d’un sujet d’une heure+ en trente minutes? Avec beaucoup de difficulté. Le "fun" en SFCF semblait être un sujet présent dans la conscience collective Boréalienne durant le congrès, et ça a discuté plutôt fort par moments. Une modération chaotique et une définition vague des termes discutés n’a pas rendu le débat plus clair, mais la plupart semblaient s’entendre qu’il s’agissait d’un panel intéressant. A la fois un des panels les plus fascinants, et des plus décevants du congrès.

17:00-17:30. La floraison des revues francophones

Pas vraiment un panel/débat plus qu’un exposé sur les revues de SF francophone existant actuellement. Présents: Jean-Marc Gouanvic pour imagine… (nouvelle direction, nouvelle attitude; à suivre), Yves Meynard pour Solaris, Jean-Pierre Moumon pour Antares et Slash, suivi de Pierre Jouvert pour (au moins) Galaxies et Ozone.

17:30-18:30. A quand une série de SF francophone à la télévision?

Le libellé du panel se lisait plutôt comme un exercice en fantasmes, mais il fut convenu par les panellistes de traiter du sujet de façon beaucoup plus réaliste. Pour ce, Mario Boivin (impliqué dans le milieu de la télévision; pas étranger aux difficultés de ce genre de projet) est venu expliquer aux personnes réunies pourquoi il n’y a pas de séries de ce genre. Exposé long, mais efficace; difficile à réfuter (et impossible à transcrire fidèlement ici, bien que les suspects habituels -argent et préjugés- soient de la partie) Le reste du panel n’était pas bouche-trou, mais pâlissait devant ce plaidoyer. Est-ce à dire que tout est perdu? Non! Même Boivin reste optimiste. Sinon, comme le craint Hugues Morin, l’équipe Tremblay-Larouche va inévitablement découvrir le genre…

 

4. DIMANCHE

11:00-12:00. La science dans la science-fiction

Un sujet toujours controversé (parce qu’il oppose toujours plus ou moins clairement les prenants de SF-Hard à ceux d’une littérature plus fantastique) mais qui a semblé un peu plat lors de ce panel, surtout lorsque comparé à son complément de la veille. Était-ce dû à une approche plus cartésienne des participants? Ou à un épuisement du sujet la veille? Quelqu’il en soit, certe une discussion intellectuellement provocante, ("La science n’est peut-être pas nécessaire, mais la rationalité, si!") mais beaucoup plus calme que prévue.

12:00-13:00. Babylon Cinq?

Réunissez quelques fans en
ragés d’une série de télévision SF dans une seule salle: Devinez ce qui arrive? Pour les fans, panel exceptionnel. Pour les néophytes, pas certain… Il fut notamment discussion d’une campagne pour amener la version traduite existante de Babylon-5 sur des écrans canadiens. (Écrivez à vos stations, exprimez votre admiration pour la série, restez polis et mentionnez que la série est déjà traduite en France) Le reste est plus probablement d’intérêt à ceux qui suivent assidûment la série, de détails techniques ("Delenn avait des cheveux!") à des considérations plus holistiques ("J’aime Babylon-5 parce que…")

13:00-14:00. Réunion annuelle de SFSF Boréal Inc.

SFSF Boréal Inc. est une société créee pour assurer le maintient d’une certaine continuité administrative pour les congrès et les prix Boréal. Cette année, changements importants au niveau de l’exécutif: Ann Methe, Joël Champetier et Jean-Louis Trudel restent (ce dernier non sans avoir averti qu’il n’aurait pas d’objections à être remplacé), mais Yolande Rufiange vient remplacer Francine Pelletier et Claude Mercier accède à la présidence à la place de Hugues Morin.

Également: Boréal’98 aura aussi lieu en conjonction avec Con*Cept’98: Même hôtel ("mais avec des salles rénovées!" —Ann Methe), le 25-26-27 Septembre 1998. C’est un rendez-vous.

14:00-14:30. Remise des prix Boréal 1997

Soyons brefs: une vingtaine de bulletins de vote, les gagnants/es sont:

Meilleur Roman:

  • Les Rêves de la Mer (Tyranaël 1), Elisabeth Vonarburg, Alire.

Meilleure Nouvelle:

  • "Le Début du Cercle", Elisabeth Vonarburg, Genèses, J’ai lu

Meilleure Production Critique:

  • Alain Bergeron, pour "L’anachorète dilettante", Solaris 118-120

14:30-16:00. Quelques années-lumière de pièges

Si vous pensez tout connaître sur la SF… voici venu votre heure d’humiliation. Guy Sirois prends plaisir à torturer ses concurrents avec des questions aussi piégés qu’obscures. (Il arrive que l’auditoire le corrige, mais rarement.) Cette année, innovation: Deux séries de questions pour deux rondes séparées: Celles des pros et celle, moins exigeante (c’est ce qui a été dit; tous ne sont pas convaincus) du public. Quelques légers heurts de parcours n’ont pas réussi à entacher le climat de bonne humeur de l’événement. Une bonne conclusion à un excellent congrès.

 

5. CONCLUSIONS

Le jumelage Con*Cept/Boréal a encore produit des résultats admirables: Non seulement cela apporte-t-il de nouveaux participants aux panels, mais ça semble aussi donner un Boréal plus vivant: L’atmosphère un peu plus olé de Con*Cept (pensons seulement à la mascarade, par exemple) déteint sur Boréal. L’emphase sur les médias, jeux de rôles et autres divertissements pas nécessairement purement littéraires est peut-être condamnée par plusieurs, il en demeure pas moins que ça a dynamisé le congrès (en plus de fournir des exemples-à-éviter aux panellistes…) Peu importe le manque d’interaction entre les deux moitiés du congrès: C’est beaucoup plus agréable de se promener dans un hôtel ou il y a une présence perceptible d’un congrès de SF.

"Les Congrès Boréal sont fameux pour la qualité de leurs échanges" promettait le dépliant d’inscription, et la tradition ne s’est pas démentie cette année. Même le panel le plus ineptement modéré (Amusement et SF) a fait rejaillir une discussion intéressante. La plupart -tous- les panellistes de Boréal sont articulés, intelligents et opiniâtres: Combinaison dangereuse.

Un effort a été fait cette année pour attirer un public un peu plus large (voir panels sur média-SF) avec résultats inconcluants. L’audience a semblée un peu plus stable que l’an passé, mais il s’agit là d’une opinion non quantifiée. Ce qui est certain, c’est que de nouveaux visages sont définitivement apparus à Boréal’97. Voyons ce que ça va donner…

Mais que l’on soit auteur à succès ou lecteur enthousiaste, Boréal’97 a fièrement maintenu la tradition des congrès passés. Si vous n’y étiez pas, vous savez maintenant ce que vous avez manqué. Si vous y étiez, vous serez assurément du rendez-vous l’an prochain.